Et pourquoi ne serait-il pas simplement une autre réalité non tangible mais bien présente contre laquelle on peut lutter ? L’autre m’ennuie au quotidien, mais je le traque pour tenter de le cerner. C’est une sorte de jeu de rôles. Je fais semblant de ne pas le voir pour lui couper l’herbe sous les pieds. S’il me voit, il agit, s’il ne me voit pas, il a plus de peine à agir. Je veux dire par là que j’ai acquis la conviction qu’en fait c’est en s’appropriant des pensées qu’il peut agir et désorganiser justement ces pensées et ces perceptions. Mais si on parvient à lui interdire l’accès aux pensées, comment pourra-t-il exister et surtout comment pourra-t-il interférer ? je ne sais pas si c’est juste, mais c’est comme une sorte d’intuition qui m’est venue l’autre jour et je tente de mettre au point une sorte de pratique pour l’empêcher de pénétrer là où il peut faire mal. Le problème est que l’on peut maîtriser un certain nombre de pensées, de sujet de réflexions, mais qu’il existe tout une série de pensées que l’on peut qualifier d’automatiques, de non voulues, qui viennent « à l’esprit » sans qu’on le sollicite. Sur les pensées structurées, celles qui découlent d’une décision de penser à un sujet bien précis, il est probablement possible de le contrer et de mettre quelque chose en place, je ne sais pas encore comment exactement.

Mais sur les autres pensées, celles qui naissent automatiquement, là je ne vois pas très bien par où commencer. Une chose paraît certaine : il ne fonctionne que comme un animal parasite, qui a besoin d’un sujet vivant pour vivre. C’est une sorte de virus en somme, qui ne se développe que dans des conditions assez précises de température ou de climat. Je me demande si par la volonté on peut lui imposer à lui des pensées parasites qui le mettent lui en danger. Le rêve serait qu’il soit vaincu par là où précisément il agit, qu’il soit lui-même troublé dans ses perceptions et ne sache plus très bien comment faire pour troubler.

Il y a un hic quand même : il est bien difficile de guider ses pensées en permanence, et il est encore plus difficile de les guider volontairement dans une direction qui ne sert qu’à tromper l’ennemi. Ceci dit, cette idée est très neuve pour moi, et il me faudra encore du temps pour l’affiner. Mais je reste en l’état convaincu par le fait qu’une sorte de guerre des tranchées avec le perturbateur est peut-être une amorce de solution pour tenter de retrouver en peu de paix intérieure.


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