Qui est-il ? question lancinante qui me hante quotidiennement. Un peu de moi, un peu de l’autre, un peu des deux, un peu de mes fantômes ? je ne suis pas capable de la résoudre et je ne trouve aucune réponse à ce sujet dans la littérature. J’ai le sentiment que bien peu de gens ont vraiment décrit cette différence fondamentale entre le dialogue intérieur que l’on peut avoir avec soi-même et le monologue imposé, le discours perturbateur que l’étrange étranger m’impose. Il y a en tous cas deux caractéristiques fondamentales à ce monologue : il est toujours impératif, malveillant et destiné à faire souffrir. Il est aussi un empêcheur de penser normalement. Pour faire ces petits résumés, je dois chaque fois sauter sur un moment de calme qui me permette de mettre trois idées sur le papier dans un ordre à peu près normal.

Autre question ensuite : on dit que les gens qui souffrent de ce genre d’affection sont coupés de la réalité du monde. Je veux bien, mais cette réalité purement objective existe-t-elle ? je n’en suis pas sûr du tout. En tous les cas, je me méfie autant du purement objectif que des « vérités » religieuses, car je crois qu’elles sont un peu les arbres qui cachent la forêt.

Les grecs suivis par Descartes avaient mis en avant le principe du doute méthodique, de la remise en question primordiale, de la Tabula rasa qui seule permet de construire une théorie sans être pollué par les préjugés et les fausses vérités populaires. Je crois qu’il en va de même avec l’objectivité, et donc avec ce que l’on appelle la réalité. Pourquoi quelqu’un ne pourrait-il pas vivre en voyant le ciel vert, l’herbe bleue et des chats qui parlent mandarin. Si ces perceptions sont vraies pour celui qui les ressent, alors elles font aussi partie de l’objectif, des faits et non pas des idées. On peut aussi dire alors que la vision qu’ont les peintres du « réel » est maladive car pas conforme à l’objectivité … sauf que d’une part leurs tableaux existent de fait et donc objectivement, et qu’en plus ils sont souvent beaux. La beauté elle n’est pas objective, mais elle est souvent universelle.

On n’en sort pas, chaque fois que je tente de réfléchir sur ces sujets, je retombe dans une sorte d’entonnoir sans fond, un ustensile qui ressemble aux dessins que les physiciens tentent de faire des trous noirs. Le fond du problème ce n’est pas tant l’absence de réponse aux questions : je sais que toutes les questions n’ont pas forcément de réponse. Ce qui est horriblement pénible, c’est de vivre constamment confronté à ce genre de problèmes au point qu’ils envahissent totalement le quotidien et ne laisse plus la moindre place au calme intérieur tant désiré.


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