Au quotidien, le perturbateur agit sur la conscience du sujet relevant des actes communs de la vie, les commentant, les discréditant, les critiquant négativement, les moquant, les rejetant, bref, interférant en quasi-permanence dans le bon déroulement d’un schéma de pensée simple, répétitif ou de nature relativement commune qui ne nécessite pas une concentration particulièrement importante. Ce véritable bruit de fond ressemble quant aux effets à de l’acouphène permanent, avec sans doute un côté supplémentaire qui est l’aspect fondamentalement dévalorisant des commentaires produits et donc la lente descente corrélative dans l’estime de soi que le sujet pouvait éventuellement avoir encore de lui. Rien de ce qu’il fait pense ou réalise n’est considéré comme bon ou approprié : tout est nul ou de mauvais aloi, tout est systématiquement démonté voire anéanti. Le perturbateur est particulièrement sagace car il touche là où ça fait mal, là où le sujet pensait avoir quelques qualités particulières, quelques dons peut-être. Le perturbateur est très difficile à chasser au quotidien, il connaît parfaitement le quotidien du sujet dont il « s’occupe » et prévoit même de l’attendre au prochain virage, comme mû par une sorte de transmission de pensée, par une sorte de pré connaissance de ce que le sujet va entreprendre.
Il est une sorte de garde du corps toujours collé aux basques du sujet, cependant pas pour le protéger mais pour le forcer à une destruction intérieure progressive. Le perturbateur est aussi initiateur de nombreuses appréhensions, peurs, voire paniques véritables : il doit agir sur ce plan lorsqu’il sent que le sujet lui échappe un peu, comme pour le ramener de force dans ses filets.
Il est frappant de constater que si le sujet parvient, peu mais par petits moments, à élever son niveau de conscience, le niveau des sujets qu’il souhaite traiter ou auxquels il souhaite penser le perturbateur a soudainement moins de prise sur lui. C’est un peu comme si le perturbateur n’était en fait pas très intelligent ni très cultivé, et qu’il pouvait par moments se trouver décroché, largué, incapable de trouver le contre argument négatif. Ceci est particulièrement vrai lorsque le sujet approche des sujets mathématiques, physiques ou par exemple lorsqu’il tente de synthétiser des idées politiques ou économiques. C’est un peu comme si le perturbateur n’était en fait qu’une sorte d’homme des cavernes pas très évolué et qui ne peut tout simplement pas suivre sur certains sujets que la civilisation des lumières a permis de traiter et que lui-même ne connaît ni ne maîtrise.
A croire donc que le sujet devrait tenter (ce qui est bien sûr impossible) de rester constamment dans une sorte de réflexion de haut niveau pour éviter les perturbations. La difficulté d’un tel exercice est connue de chacun : il faut une dose de concentration maximale pour pouvoir évoluer constamment dans ce genres de sphères de pensées évoluées, sauf à être un génie ou un être d’exception. Or justement la concentration est une chose relativement simple sur laquelle le perturbateur a une prise directe et facile. S’il existait un « vaccin » permettant au sujet de ne penser que sur des sujets complexes, alors probablement que le perturbateur changerait de sujet, par lassitude et fatigue.
C’est en cela que je crois qu’il existe des niveaux de conscience différents dans l’atteinte portée en permanence par le perturbateur au sujet, et que ces niveaux pourraient eux-mêmes être protecteurs en quelque sorte. Mais comment maîtriser tout ça ?
Très juste comme remarque. Les hallucinations auditives n’existent pas dans les sphères intellectuelles.