Etranges perceptions que celles rencontrées récemment et qui se traduisent par un rétrécissement des champs du temps et de l’espace. Comme une impression de voir le monde rétrécir, avec le besoin de ne quitter le centre des intérêts vitaux que pour d’impérieuses nécessités. Comme un décalage entre l’horloge officielle et la perception des heures qui semblent avancer différemment de celles transcrites par les montres, parfois plus vite, parfois moins vite, indistinctement, sans raison apparente. Est-ce encore une action souterraine du perturbateur ? je ne saurais l’affirmer même si je ressens comme probable sa présence dans ce phénomène. Il est bien clair que le temps de chacun n’est que son temps propre, et qu’il en va de même pour la notion d’espace. Mais il existe tout de même des référentiels plus ou moins communs et qui pour ces deux notions devraient permettre de contenir dans une relation stable l’aspect perception personnelle d’une part et l’aspect objectif d’autre part. Ces référentiels semblent troublés en ce qui me concerne, un peu comme si ma boussole interne indiquait un autre nord que le nord magnétique. Ce qui est doublement troublant c’est que ces perceptions ne sont pas en soi désagréables, on peut vivre avec, à condition de ne pas les dévoiler au quotidien au premier venu.

Encore ce problème du jugement d’autrui qui reste pour moi la pierre d’achoppement de toute amélioration du développement personnel. Quand donc cessera-t-on en Europe de polluer les consciences dès la première enfance avec ce venin instillé à vie qu’est la culpabilité ? je ne veux pas la regarder en face, mais elle me rattrape à tous les virages, comme un poids supplémentaire, comme une sorte d’agent de sécurité chargé de veiller sur une prétendue bonne conduite. Kafka n’est pas très loin avec son Odradek dans le Souci du père de famille, mi homme mi objet, cette fichue bobine plate en forme d’étoile qui parle marche et peut rire. « C’est en vain que je me demande ce qu’il deviendra. Peut-il donc mourir ? Il n’est rien qui ne meure sans avoir eu une sorte de but, une sorte d’activité qui l’ont usé ; ce n’est pas le cas d’Odradek. Dévalera-t-il encore l’escalier, traînant ses bouts de fils après soi devant les pieds de mes enfants et des enfants de mes enfants ? Sans doute il ne nuit à personne ; mais l’idée qu’il doive me survivre m’est presque douloureuse. »


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One Response to “Odradek, les horloges et la boussole”

  1. Odradek, c’est être dans le cosmos sans être dans le potentiel de réel fluctuant, c’est être non mortel hors des contingences, Odradek c’est être entre ; entre les choses, c’est la distance entre les corps, cette distance qui forme le désir, c’est le moment suspendu entre deux émotions qui tentent de se rejoindre, Odradek c’est l’inutile, le pas fini, c’est le bruit entre le prosaïque et le besoin vital de création, Odradek c’est le destin des nuages, c’est l’heureux hasard, ce n’est pas le monde ni le transfert méthodique des marchandises, quand on transfert les marchandises méthodiquement on finit par faire la même chose avec les hommes, on finit par les recycler, par oublier leur essence, pour en faire de sinistres souvenirs abandonnés à l’utile et la destruction.

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