Je me demande dans quelle mesure mes réflexions ne sont pas une réaction contre les agressions du perturbateur, et si certaines de ces réflexions ne compliquent pas mon mal à souhait, si elles ne contribuent pas à le nourrir, à l’amplifier. Quand je parle de l’angoisse, j’angoisse, quand je parle de la mort, j’angoisse, quand je parle du perturbateur je le ressens encore plus près de moi. Bien sûr que l’on a souvent l’impression de tourner en rond dans la vie, mais en ce qui me concerne ce mouvement s’amplifie. Un maelstrom qui conduit vers je ne sais quelle destination.

En d’autres termes, j’ai un problème de classification : comment distinguer les impressions qui me sont propres de celles que j’attribue au perturbateur ? ai-je encore des perceptions personnelles ou sont elles toutes polluées ? si elles sont toutes polluées, qui suis-je encore? si elles ne le sont pas, quelle est la part de moi qui est vraiment moi ? comment ces parties de personnalité coexistent-elles ? y a-t-il coexistence ou combat permanent ? autant de question auxquelles je n’ai pas de réponses.

La présence quotidienne de la voix et le contenu de son discours, qu’il est très difficile de volontairement faire taire, ne contribue-t-elle pas complètement à me déconstruire, ou plutôt à construire un moi qui n’est pas celui que je suis vraiment.

L’un des grands problèmes du malade dans ce domaine est de reconnaître qu’il est malade. Mais comment reconnaître que l’on est malade quand le perturbateur s’en mêle et vous laisse croire que vous n’êtes pas malade mais simplement mauvais ou bon à rien. Qui croire, alors ? lui ou moi ? il y a le référentiel du thérapeute, heureusement, car finalement c’est le seul point fixe qui permet de mesurer si l’on est encore dans la norme (soit la réalité communément admise) ou si on l’a dépassée.

J’ai revu sur une suggestion de mon médecin le film « A beautiful Mind », (Un homme d’exception, en français)magnifique exemple du fait que la maladie ne tue pas ni la science, ni le talent, mais à quel prix. Ce prix à payer est-il juste ? équitable face à la société moderne, face à autrui simplement, on peut en douter.

Un homme d'exception


Tags: , , , , , , ,

9 Responses to “Personnalité clivée et prix à payer”

  1. Pourquoi tenter de faire taire la voix ? Ne vous est-il pas possible d’apprendre à vivre avec elle, à l’apprivoiser en quelque sorte ? Il est vrai que cette voix (que pour ma part, j’appelle mes pensées) peut être dérangeante, bizarre, troublante mais est-il possible de vivre autrement ? Excusez la naïveté de mes questions.
    Quelque soit votre réaction j’apprécie votre site et je trouve passionnant votre tentative de description et d’élucidation de ce que vous ressentez.
    Gvh

  2. Mais vous avez sans aucun doute raison, vivre avec, c’est là-dessus que je travaille ces derniers mois avec mon psychiatre. Dans une relation que l’on peut imaginer un peu comme celles qui ressortissent des arts martiaux, où l’on n’utilise pas tant la force que le manque d’équilibre de l’adversaire …. et merci pour votre mot

  3. Salut ,

    Moi aussi je me suis posé la question de ce que je serai sans cette maladie .Je crois mon etre et mon ame sont un tout , il n’y a pas de moi sans cette maladie sinon je suis plus moi, elle fait partie de mon experience , je crois je prefere ce “handicap” a tout autre, il me permet de reflechir sur des choses qui m’enrichissent . Peut importe si on pense que les voix sont des extraterrestes, le diable, ou dieu ! (cf Paul sur le chemin de Damas, moise et son buissant ardent , Berbnadette soubirou etc …) Que serait le monde et la religion sans l’experience schizophrene et donc la perception de l’inconscient ?

    Raconter ses experiences et je crois utile pour la posterité de la compréhention du psyschisme humain et ses frayeurs universelles , mais je craint qu’on se heurte a la meme difficulter que raconter un reve . CA devient vite incoherent pour ceux qui ne vivent pas l’experience.

    L’important c’est qu’elle provoque en nous : des emotions , des mises en situation, des experiences “metaphysiques” . .. Ma vie est un enorme trip qui me semble utile dans une dimention intemporelle, mais que j’ai positivé je crois en n’en parlant pas a mes proche et en prennat aujourd’(hui des medicament . En me debarassant de certain symptome je peut voir une amelioration dans mes relation sociales .

    . Aujourd’hui avec tout l’interet que je porte aux sciences, croire que les voix sont l’activation de cellules hypersensibles dans l’aire de l’audition du cerveau ,ne m’apporte pas plus de renseignement sur la raison profonde qui agit sur ma vie et mes hallucinations. Comment en absence de son, j’entend quelqu’un derriere la porte qui me dit des choses pleine de sagesse ?comment la lumiere se difracte elle sur ma retine pour je vois apparaitre une image tres visible en haute definition, d’un lieu qui existerait pas ; et surtout comment je peut avoir un Giga orgasme en absence de rapport sexuel ?

    Je crois qu’on ne peut pas y reflechir sérieusement sans etre angoissé. je me demande tout les jour si je suis digne de ma maladie . (maladie que je trouve plutot agréable)

    Aujourd’hui j’ai pas mal de recul sur mes hallucination que je considerent comme tels , et non pas la manifestation du divin .

  4. Merci pour ce concentré passionnant de ton expérience personnelle, rhedae. Ce blog a aussi une vocation de partage.

  5. […] Pendant que Thomas dépassait ses limites chaque semaine, Pascal, moins optimiste, nous annonçait la fin du monde. Matoo lui, en grande forme, nous a montré ses performances éjaculatoires avant de nous faire partager une passion assez inattendue. Julie s’est lancée dans une fiction érotique alors que Natacha la blonde proposait une soirée hot at home, à laquelle vous pouvez encore, je pense, vous inscrire. Esculape, futur confrère, nous a annoncé avec beaucoup d’émotion sa réussite à l’internat pendant que Lawrence se débattait avec un dossier (une patiente, sa fille, ses autres médecins) difficile, alors qu’Abcisse nous décrivait avec humour (humeur ?) le premier contact de son fils avec la psychiatrie. Beaucoup plus sérieusement, ce texte d’un auteur qui décrit sa schizophrénie sur son blog, très intéressant pour moi d’accéder à l’écrit aux perceptions d’un individu qui pourrait être mon patient, très intéressant pour tous d’entrevoir la réalité de ce que nous appelons altération de la réalité. Enfin, les confidences de Shayalone, consoeur psychiatre et amie lointaine, les souffrances du bien portant vu par le prisme de la profession confrontée à elle-même. […]

  6. entendu dans un stage de caoching : si vous entendez une petite voix qui vous dit : “t’es nul tu y arriveras pas” ; imaginez cette voix comme toute maigrerlette, nasillarde et ridicule, comme cele d’un petit troll hideux et insignifiant. Aidez vous des voix de dessins animes. Ainsi, ce que dit cette voix vous apparaitra comme sot et vous en rirez .

  7. J’ai moi aussi toujours cette voix qui commente beaucoup de chose que je fais dans mes journées, qui me dit “ca c’est bien, ca c’est pas bien…” qui me dit “Je (ou Nous) suis dans ta tête, et je ne partirais pas, il faut retenter une décorporation pour cela” ! Sur mon blog, je dis que je vais bien, mais je me mens à moi même… ou à Lui !
    C’est dur de toujours tenter de savoir si cette voix provient de mes propres pensées, ou si c’est comme tu le dis provient du “Perturbateur”. Cela fait maintenant 6 ans que je suis schizophrène, et finalement, même si de facade j’ai l’air d’être bien, dans mon Esprit, j’en suis toujours au même point : Dieu, Diable, Ange, Démon, Néo ? qui suis-je vraiment ?

  8. Je suis très sensible à votre texte. Parce que j’ai retrouvé, un jour, sur mon gsm, des sms que j’avais envoyés (dans un moment de détresse), à gauche et à droite, et j’ai lu très clairement les injonctions que je m’envoyais à moi-même, que mon inconscient profond, me dictait… Mais qui ne servaient qu’à me persuader de me détruire…

    J’ai eu très peur, après, quand j’ai lu ça.

    A beautiful mind est en effet un très beau film.

    Il y a l’intelligence oui. Et la création parfois. Mais ça ne va pas toujours sans souffrances… Pour personne. Mais bien sûr, certaines souffrances sont plus difficiles à porter parfois que d’autres. Mais il y a toujours et votre intelligence, et vos mots, et votre regard, et toujours, ils vous appartiendront…

  9. merci pivoine ça fait plaisir…
    en ce qui me concerne j’avais besoin de ce choc pour donner un sens à ma vie et pour comprendre le monde. Sans cette souffrance et cet amour je serais rester cantonné à un monde triste ou les gens sont pleins d’oeillères et n’entendent que ce qu’ils veulent entendre. Ayant été au bout de ce qu’il y avait à voir (ou savoir) je me traite désormais pour fonctionner à la normal

Leave a Reply